La
mécanique quantique est à présent, elle et les théories
qui en sont issues, comme la théorie quantique des champs,
la théorie la mieux vérifiée expérimentalement. On a
beaucoup dit qu'elle était la théorie la plus éloignée
de notre logique.
La
mécanique quantique, la théorie, la vraie, ne fournit que
des outils mathématiques très complexes qui permettent de
prévoir les résultats des mesures. Elle dit "voici ce
que vous allez mesurer". Elle ne dit pas "voici ce
qui s'est passé". Et pour cause ! Tout ce qui se passe
en mécanique quantique n'est pas accessible à notre expérience
directe : on ne peut pas constater de nos yeux ce qui se
passe. Tout est donc une question d'interprétation, et pour
l'instant il en existe plusieurs qui ne sont pas départagées,
parce qu'elles expliquent toutes, bien que d'une manière
différente, pourquoi on observe ce qu'on observe.
Ce
qui est présenté ici est une interprétation plutôt
moderne, on va dire. Et peut-être qu'on pourra un jour départager
toutes ces interprétations. Mais peut-être que ça n'est
pas la bonne. Il faut prendre tout ça avec prudence...
1.
Comment imaginer une particule de matière ?
Longtemps
on a pensé que les particules qui nous composaient étaient
des sortes de petites billes dures. On a donc imaginé par
exemple que les atomes étaient comme des systèmes planétaires,
où des électrons tournaient autour du noyau comme les planètes
tournent autour du soleil. Mais on a fait des expériences
qu'on ne pouvait pas expliquer si on continuait de considérer
que les particules étaient "ponctuelles", c'est
à dire des petites billes dures. Ce sont les premiers résultats
de la mécanique quantique. Un électron par exemple c'est
tout le contraire d'une bille indéformable : c'est au
contraire un "blob", un nuage léger et très déformable.
En général, on trouve les électrons dans les atomes : ils
forment ce qu'on appelle le "nuage électronique",
c'est à dire un nuage d'électrons autour d'un noyau qui
lui ressemble, vu de loin, à une petite sphère indéformable.
Ondulatoire
Corpusculaire
Deux
électrons peuvent se marcher sur les pieds, c'est à dire
s'interpénétrer. Par contre, ils ne peuvent absolument pas
se "recouvrir" complètement : c'est ce qu'on
appelle "le principe d'exclusion". Il est en fait
le signe de quelque chose de beaucoup plus profond qu'on
aborde dans la théorie fille de la mécanique quantique, la
théorie des champs.
Un
électron est donc un petit nuage. Ce nuage peut
parfaitement se diviser en deux, avec chacun des morceaux
allant dans une direction différente, pourquoi pas. Mais
vous voyez du coup qu'il n'est plus possible de dire où est
l'électron, ni quelle est sa vitesse. Puisque l'électron
n'est pas une bille, ces questions n'ont aucun sens.
Imaginez
maintenant que ces deux morceaux d'électrons s'éloignent
l'un de l'autre : cela reste cependant la même particule.
Un exemple ? Eh bien en appuyant sur un des morceaux,
l'autre réagit instantanément. C'est normal, puisque c'est
la même particule ! Cela s'appelle la "non-localité".
En
général, et c'est important, les électrons n'occupent guère
plus de place qu'un atome. Il est rare qu'il leur soit donné
la possibilité de prendre leurs aises, et de s'étaler.
Mais lorsqu'ils le font, on s'aperçoit qu'ils se comportent
comme des ondes : prenons encore nos deux morceaux d'un même
électron, et imaginons qu'ils se rencontrent. Eh bien le résultat
n'est pas simplement l'addition des deux morceaux : il se
produit ce qu'on appelle des interférences, ce qui est une
propriété que l'on croyait réservée aux ondes !
La
lumière est justement composée de particules, appelées photons.
Chacune de ces particules est capable d'interférer avec
elle-même, et de produire donc des interférences. Donc un
troupeau de ces particules produit des interférences,
puisqu'elles le font toutes. Ce qui explique que la lumière
se comporte comme une onde : elle fait des interférences.
Et on a mis longtemps à comprendre que la lumière n'était
pas seulement une onde, mais bien constituée de particules.
Aidons-nous de
l'analogie suivante:
Regardé sous deux angles différents, un
cylindre nous apparaît tantôt comme un cercle,
tantôt comme un rectangle. Pourtant il n'est ni
l'un ni l'autre.
Ainsi en est-il du photon, de l'électron ou de
toute particule élémentaire dont l'image
corpusculaire ne serait qu'une facette d'une entité
plus complexe.
Ce point précis peut poser un problème
philosophique très troublant: La réalité
objective (s'il elle existe indépendamment de
l'esprit humain) est-elle accessible ? Ou
sommes-nous condamner à n'observer qu'un monde
d'apparences trompeuses? Tiré
de ce site
Voilà
une petite animation montrant la différence de comportement
des particules comme onde ou corpuscule: elles sont les deux
à la fois et ont tantôt un comportement, tantôt l'autre.
Animation de: http://(...)twoslit_experiment.php
Ce
sont les premières leçons que vous donne la mécanique
quantique : les particules de matière sont parfaitement
"déformables", ce ne sont pas des billes
minuscules, et du coup, elles sont capables de se comporter
comme des ondes. Mais que l'on agisse sur une partie de la
particule, et instantanément, le reste réagit.
En
regardant la lumière qu'émettaient les atomes, on s'est
aperçu qu'un atome d'un élément donné (comme le carbone,
ou l'hydrogène) n'émettait que des couleurs très précises,
ce qu'on appelle un spectre de raies.
On
a imaginé au début qu'en fait les électrons étaient des
petites billes qui tournaient autour du noyau, et que le
fait que les atomes n'émettent qu'un certain type de lumière
signifiait que seules certaines orbites étaient permises,
c'est à dire que les électrons ne pouvaient pas tourner à
la distance qu'ils voulaient, mais à des distances fixées
du noyau. On pensait que la lumière émise était le signe
d'un changement d'orbite. Ce n'est pas vraiment ça,
puisqu'un électron n'est pas une petite bille...
On
a donc fini par comprendre que c'était dû aux changements
de forme de l'électron autour de l'atome. Quand on observe
un atome, c'est à dire qu'on cherche à savoir comment sont
les électrons qui entourent le noyau, on trouve toujours
que les électrons adoptent des formes particulières. On a
continué à les appeller des orbitales atomiques, comme
quand on croyait que l'électron était une bille, juste
pour ne pas changer.
En
fait, on en a déduit (parce qu'on ne peut pas vraiment voir
les orbitales, c'est à dire les formes des électrons), que
les électrons ne bougeaient pas autour des noyaux, ils
prenaient simplement des formes particulières. La plus
simple, c'est juste une sphère autour du noyau, mais il en
existe plein, et des compliquées...
C'est
ça, la quantification : le fait que ce qu'on croyait
"continu" était "discret". Par exemple
qu'on ne voit pour les électrons que des formes précises,
et pas n'importe quelle forme. C'est pour cela qu'on a appelé
la mécanique de l'infiniment petit la mécanique quantique
: parce que dans l'infiniment petit, le discret intervient
bien plus souvent que le continu.
Par
exemple, on pensait aussi que la lumière était
"continue", qu'on pouvait en émettre aussi peu
qu'on voulait. En fait, on s'est aperçu que la lumière
aussi pouvait être quantifiée : on n'envoie toujours un
certain nombre de "grains" de lumière, ce qu'on
appelle des quanta (pluriel de un quantum). On a appelé le
quantum de lumière, donc la particule, un photon. Et on ne
peut pas envoyer moins de lumière qu'un photon !
En
réalité, un électron autour d'un noyau atomique peut
prendre absolument n'importe quelle forme, rien ne l'en empêche.
Mais alors, est-ce que je viens de dire n'importe quoi ?
Non, pas du tout. Je vous ai bien dit que lorsqu'on
cherchait à savoir quelle forme l'électron avait autour du
noyau, on trouvait des formes particulières appelées
orbitales. Mais c'était seulement le résultat des mesures.
En
fait, l'électron est un grand timide : dès lors qu'on
cherche à savoir comme il est, il se réfugie sur une
orbitale, c'est à dire qu'il prend une forme particulière.
Les états quelconques de l'électron sont particulièrement
fragiles. L'interaction de l'atome (et de l'électron) avec
un instrument de mesure le perturbe forcément (songez que
nos appareils de mesure sont constitués de milliards de
milliards de particules), et les formes quelconques de
l'atome autour du noyau sont particulièrement fragiles :
l'interaction avec l'appareil de mesure les détruit et l'électron
prend alors une forme "résistante", c'est à dire
une orbitale.
La
question qu'on pourrait se poser, c'est alors : et si on
imagine qu'on connaît l'état initial de l'électron, sa
forme quelconque, est-ce qu'on peut prévoir ce qu'on va
obtenir comme orbitale après la mesure ? Eh bien oui, et on
va voir comment.
Si
vous prenez l'électron dans sa forme quelconque, on peut
toujours décomposer cette forme en orbitales : c'est à
dire qu'on peut dire "Ah, cette forme, c'est comme si
l'électron était à 30% sur cette orbitale ci et à 70%
sur cette orbitale là". Ca n'est qu'une façon de
voir, en fait, puisque l'électron a une forme bien déterminée,
mais indépendante des formes particulières que sont les
orbitales.
Par
contre, cette façon de voir prend toute son importance au
moment où on cherche à connaître la forme de l'électron,
c'est à dire où on fait une mesure. On ne contrôle pas à
ce moment là ce qui se passe (l'instrument de mesure est
trop gros pour qu'on sache exactement quelle va être son
influence sur l'électron), mais on sait que plus une
orbitale était dans la forme de l'électron, plus elle a de
chance d'être choisie comme "refuge" par l'électron.
Donc, pour le cas que nous considérons, après la mesure,
l'électron a 30% de chances de se retrouver sur une
orbitale et 70% sur une autre !
Avant
la mesure, l'électron avait bien une forme à lui et cette
forme permettait de prédire quelles étaient les chances de
chaque résultat. Après la mesure, l'électron est sur une
orbitale précise, c'est à dire qu'il a une forme bien
connue.
On
peut décomposer n'importe quelle forme en orbitales (avec
un certain pourcentage pour chaque orbitale), et l'électron
en général avant la mesure n'est pas sur une orbitale. On
dit qu'il a un état superposé : il est en quelque sorte
sur plusieurs orbitales à la fois (ce qui peut paraître
paradoxal, si on ne sait pas que cela correspond simplement
à une forme différente d'une orbitale précise).
Dans
le cas précédent, on a étudié ce qui arrivait à un électron
qui ne peut pas échapper à l'attraction du noyau atomique.
On va regarder maintenant ce qui arrive à un électron
"libre", c'est à dire qui n'est attaché à aucun
atome.
Laissé
à lui-même, un électron libre peut prendre ses aises, et
s'étaler jusqu'à atteindre des tailles de quelques millimètres
! Ce qui est énorme pour un électron. C'est des millions
de fois plus gros qu'un atome. Mais on n'a que des preuves
indirectes du fait qu'un électron libre est capable
d'atteindre cette taille.
En
effet, pour savoir où il est, il faut le faire interagir
avec, par exemple un écran qui produit de la lumière là où
l'électron arrive. Mais ce qu'on observe, ça n'est jamais
une tache de quelques millimètres, mais un point de
quelques micromètres au plus.
C'est
à dire que l'électron n'interagit qu'avec une petite
partie de l'écran, quoi qu'il arrive ! C'est pour cela
qu'on a mis si longtemps à admettre que l'électron n'était
pas une bille : on voyait toujours un point sur l'écran.
En
fait, ce qui se passe est simple, cela ressemble à ce qui
se passe avec les orbitales atomiques : lorsque l'électron
interagit avec l'écran, il est perturbé, et il se rétracte
très rapidement pour redevenir petit (disons de la taille
de ses congénères dans les atomes - donc de la taille d'un
atome, quoi). Lorsque l'électron s'étale, son état est
fragile et le moindre contact avec un objet assez gros
suffit à le faire se rétracter. Un électron
"coup" en deux" est un électron étalé.
Prenons un électron coupé en deux avec 45% de son nuage
groupé d'un côté, et 55% de l'autre. Au moment où l'électron
interagit avec l'écran, ce contact fait fondre immédiatement
l'un des deux morceaux, et c'est le morceau restant qui
produit la lumière sur l'écran. Un électron étalé est
instable, et la moindre perturbation suffit à lui faire
quitter cet état.
Plus
l'électron est présent en un endroit, plus il a de chances
que le contact avec l'écran le fasse se condenser complètement
en cet endroit. Si l'électron était situé à 55% en un
endroit, il a 55% d'y apparaître entièrement lors de la
mesure, c'est à dire du contact avec l'écran !
On
peut donc dire là aussi que l'électron était dans deux états
superposés : ici et là-bas. Si on considère que l'électron
est une bille, cela paraît exceptionnel - mais si vous
considérez que l'électron est un nuage, un blob, cela n'a
rien d'exceptionnel. C'est juste une façon de voir...
Prenons
deux particules quelconques, par exemple des électrons. Si
on fait interagir ces deux particules (on les fait se
cogner, par exemple, on les rapproche), elles peuvent se
corréler plus ou moins.
Cela
signifie que l'état de la particule A dépendra étroitement
de l'état de la particule B. Et si vous perturbez la
particule A, B sera instantanément perturbée, quelque soit
la distance qui les séparait.
Si
le changement qui intervient sur B est grand, c'est que les
particules étaient très corrélées. S'il est faible,
c'est que les particules étaient faiblement corrélées.
C'est une propriété assez folle non ? Un peu comme si les
particules étaient capables de télépathie...
Il
faut cependant savoir que, de la même manière que ce qu'on
appelle les états superposés, les états corrélés sont
très fragiles. Si vous prenez A et B, le contact de A avec
un objet assez gros (un gros paquet d'atomes) va forcément
détruire la corrélation entre A et B. Ca perturbe bien évidemment
B au passage, puisqu'on touche à A, mais ensuite, A et B
feront comme s'ils ne s'étaient jamais rencontrés. La corrélation
sera détruite.
Un
exemple ? Comment sait-on qu'un électron a changé
d'orbitale ? Quand il envoie un photon. Seulement, en fait,
un électron n'est pas nécessairement sur une orbitale. Le
photon qu'il envoie est corrélé avec l'électron qui a
changé de forme. En détectant le photon, c'est là qu'on
va projeter l'électron sur une orbitale : en fait, de
mesurer les propriétés du photon agit directement sur l'électron
et le fait se réfugier sur une orbitale.
Ainsi
est la mécanique quantique : on est obligé de deviner les
états dans lesquels peuvent se trouver les particules,
parce que les mesures ne peuvent pas nous les montrer. Car
lorsqu'on mesure, on détruit forcément ces états si
particuliers, comme les formes quelconques d'un électron
autour d'un noyau, ou encore les électrons libres "étalés"
dans l'espaces ou les particules corrélées. L'interaction
de particules dans ces états fragiles avec un paquet
d'atome suffit à les détruire : c'est ce qu'on appelle la
décohérence.
Et
vous voyez à présent combien il a été difficile de
comprendre ce qui se passait simplement à partir des résultats
des mesures...