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Réflexions scientifiques

 

 

Bibliographie:
Les tactiques de Chronos,
de: Etienne Klein
édition: Champs Flammarion
ISBN: 2-0808-0105-8

Le cantique des quantiques
de: Sven Ortoli et Jean-Pierre Pharabod
édition: La Découverte/Poche
collection Essais
ISBN: 2-7071-4356-1

Le cours du temps (4)

IV. Voyage dans le temps

 

Voici une très bonne compilation des arguments pour et contre copiée du site suivant :

http://timeworld.ifrance.com/paradoxes.htm

Ce paragraphe est une reprise intégrale du travail de ce site, travail que je cite ici. Inutile de réinventer le fil à couper le beurre … ou de refaire un travail très bien fait.

1) Arguments contre

Recensons les arguments qui rendent improbable ou impossible le voyage dans le temps à volonté à n'importe quelle époque.

Nous avons vu que le temps donne son sens à l'hypothèse du déplacement dans le temps, mais que si le voyage est possible, il ôte son sens au temps, ce qui a pour conséquence de rendre "insensé" le déplacement dans le temps.

Pour Christian Grenier, "le voyage temporel souffre de certaines contradictions avec la logique la plus élémentaire, ce qui l'écarte du domaine scientifique". (La S.-F., lectures d'avenir?)

"Une barrière se dresse, celle de la logique voulant qu'on ne puisse à la fois être ici ou ailleurs", complète Van Herp.

La simple possibilité du voyage est un paradoxe et modifie le cours des événements, contrairement à ce que pense Watzlawick:

"Il revient en arrière de quinze ans (ce qui lui prend, disons, quelques minutes), arrête la machine et en sort, se remettant ainsi dans le cours du temps... en un point où il a lui-même quinze ans. S'il se contente de regarder alentour sans susciter aucun effet - à savoir, sans s'insérer d'aucune manière dans la causalité par une action ou une communication - il ne se produira rien d'étrange. Mais dès qu'il commencera à interagir, des conséquences amusantes et déconcertantes s'ensuivront." Justement, par sa simple présence, le voyageur du temps interagit, comme aurait pu le découvrir Bradbury s'il avait été jusqu'au bout de son raisonnement, ne voyant pas qu'une apparition soudaine dans le monde est au moins aussi perturbatrice que le fait d'écraser un papillon.

Les paradoxes provoqués par un acte volontaire ou involontaire du voyageur constituent bien sûr un nouvel argument contre la possibilité du déplacement dans le temps: paradoxes du matricide et de la connaissance en sont les meilleurs exemples.

Les arguments les moins puissants contre la possibilité de voyager dans le temps consistent à dénigrer l'intérêt du déplacement dans le temps parce que le court-circuit temporel, le déterminisme absolu, la surimpression infinie ou la démultiplication temporelle n'offrent pas de perspectives très réjouissantes à l'individu qui veut explorer le passé ou le futur.

Les frères Igor et Grichka Bogdanoff ont proposé un argument plus intéressant: "Si le voyage vers le passé avait été inventé quelque part dans le futur, nous aurions déjà sûrement reçu la visite d'un homme de l'avenir". C'est un argument qu'a avancé Hawking en disant que "La meilleure preuve qu'un voyage dans le temps est impossible est que nous n'avons pas été envahis de hordes de touristes du futur", et que j'ai développé indépendamment dans un article au milieu des années 80 et dans lequel je développe l'argument de la perte d'identité du temps.

Hawking pense aussi que la nature a horreur des machines à remonter le temps. C'est une idée qu'il développe dans sa conjecture de "protection chronologique" selon laquelle les lois de la physique interdisent les machines à remonter le temps: "chaque fois que quelqu'un essaye de faire une machine à remonter le temps, et quel que soit le dispositif utilisé à cet effet (un trou de ver, un cylindre en rotation, une "corde cosmique", ou quoi que ce soit d'autre), juste avant que le dispositif ne devienne une machine temporelle, un faisceau de fluctuations du vide le traverse et le détruit". Hawking a démontré que des fluctuations de champs quantiques deviendraient infinies au voisinage d'une bouche de trou de ver - l'argument de la surimpression temporelle infinie démontre la même chose par un raisonnement de logique pure -, empêchant la formation de Boucles du Genre Temps ou détruisant le voyageur qui s'approcherait d'une Boucle du Genre Temps. Hawking dit avec humour que son hypothèse "permet de garder le monde sûr pour les historiens".

Les frères Bogdanoff avancent un autre argument pour infirmer la possibilité du voyage: "L'entropie (c'est-à-dire le désordre) d'un système ne peut aller qu'en augmentant; autrement dit, ce que nous nommons "écoulement du temps" n'est qu'une fonction directe de l'entropie à laquelle tous les systèmes (biologiques ou non) sont soumis. Comme il est impossible de réduire l'entropie d'un système, il serait également impossible d'inverser le temps et, a fortiori, de voyager dans le passé", (Clefs pour la science-fiction).

Revenons enfin à l'hypothèse de la démultiplication temporelle pour constater qu'elle nous révèle par l'absurde l'importance du principe d'économie de la nature et la pertinence et l'actualité de la remarque de Leibniz selon laquelle nous évoluons dans "le meilleur des mondes possibles". Il semble qu'un univers sans possibilité de se déplacer dans le temps soit le meilleur des mondes possibles, car il présente l'optimum d'existence.

2) Arguments pour

Recensons à présent les arguments qui rendent probable ou même possible le voyage dans le temps à volonté à n'importe quelle époque.

Contre l'argument de Van Herp, on peut faire remarquer que la barrière de la logique voulant qu'on ne puisse à la fois être ici ou ailleurs, n'est en réalité qu'un axiome, sur quoi "repose" la logique. Un axiome ne peut être démontré. Il n'enfreint donc pas la logique. Et puis, Kurt Gödel, avec son théorème d'incomplétude, n'a-t-il pas ouvert la voie à une remise en question fondamentale de la logique?

Contre l'argument de Hawking mettant en avant les risques de fluctuations infinies de champs quantiques lors de la création de la machine à voyager dans le temps, Deutsch et Lockwood répondent que les infinis, dont on sait qu'ils sont la hantise des physiciens et des mathématiciens, révèlent simplement une insuffisance de la théorie.

Deutsch et Lockwood infirment aussi l'argument d'Hawking sur l'absence d'invasion de hordes du futur car le trou de ver ne permettrait de remonter dans le temps que jusqu'à l'époque de sa création et pas au-delà.

Deutsch et Lockwood répondent aussi qu'il existe peut-être actuellement des Boucles du Genre Temps exploitées par une civilisation extraterrestre, mais que celle-ci n'a pas forcément envie de venir nous voir dans son passé. Et même alors, ils n'aboutiraient que dans certaines copies de notre passé. Et puis, le voyageur du temps n'est pas obligé de crier sur tous les toits qu'il est un voyageur du temps.

Pour Deutsch et Lockwood, "Si la théorie des univers multiples est exacte, alors toutes les objections habituelles au voyage temporel sont fondées sur des modèles erronés de la réalité physique. Quiconque rejette l'idée d'un voyage temporel doit formuler un nouvel argument, scientifique ou philosophique".

Hawking lui-même est revenu sur ses premières déclarations et a récemment affirmé dans la presse qu'il envisageait à présent la possibilité de voyager dans le temps.

Contre l'argument "entropique" des frères Bogdanoff, on objectera que rien n'interdit une inversion locale de l'entropie, l'existence de la plus infime particule en est un témoignage; or il s'agit précisément, dans le cas du voyage, d'une modification locale du temps, soit le temps propre du voyageur.

L'affirmation d'Einstein: "Nous, qui croyons en la physique, savons tous que la distinction entre passé, présent et futur n'est qu'une illusion, même si elle est tenace", vient renforcer l'idée que le temps n'a pas l'identité que nous lui accordons, et donne donc du poids à l'hypothèse de la possibilité du déplacement dans le temps.

L'interprétation de Wheeler des diagrammes de Feynman va dans le même sens. Rappelons que cette interprétation consiste à voir le réel comme une seule ligne d'univers extrêmement complexe déjà réalisée, c'est-à-dire pour laquelle ne s'écoule pas le temps. Le sentiment d'écoulement du temps serait une illusion liée à notre perception du réel.

Nous pensons ici au dessinateur Escher qui est parvenu à représenter des "figures impossibles". C'est un peu ce qui se produit avec les représentations mathématiques du réel et les récits de voyage dans le temps.

Pour Rudy Rucker, les raisons d'écarter le voyage dans le temps reposent sur un a priori: "Il ne peut apparaître de contradictions dans le monde; le voyage dans le temps et le voyage SL (supraluminique) conduisent à des contradictions; donc il ne peut y avoir de voyage dans le temps et de voyage supraluminique dans notre monde".

Cet argument présente pour Rucker trois points faibles.

1. Le monde lui-même est paradoxal

2. Il pourrait exister une "police du temps" qui empêcherait l'utilisation de la machine pour créer un paradoxe.

3. Il existe la possibilité des univers multiples, même si "... bien sûr, strictement parlant, un voyage dans un monde parallèle n'est pas du tout un voyage dans le temps".

"A un certain niveau, ces paradoxes sont un peu plus que des divertissements intellectuels".

Rucker ajoute que la relativité affirme qu'il n'y a pas de temps ni d'espace absolu. Or le voyage dans le temps exige un temps et un espace absolus. Par conséquent, le voyage dans le temps semble d'emblée interdit par la physique moderne. Mais outre le fait qu'il existe des lois de transformation qui permettent de passer d'un système de coordonnées, ou référentiel, à un autre, la relativité autorise le voyage dans le passé jusqu'à une certaine limite, et dans le futur de façon illimitée, comme nous l'avons vu à la section science. La relativité se contredirait-elle elle-même?

Pour Lewis, le voyage est possible. Les paradoxes prouvent seulement que le monde où le voyage serait possible serait de manière fondamentale plus étrange que celui que nous croyons être le nôtre. Il est le plus ardent défenseur d'un auteur comme Heinlein dont il trouve le récit "Vous les zombies" auto-consistant.

Ce qui pose problème dans le voyage dans le temps, ce sont les paradoxes qu'il génère. Un raisonnement par l'absurde consiste à dire: le réel ne peut s'accommoder des paradoxes; or le réel existe; donc les paradoxes n'existent pas et le voyage dans le temps non plus. Mais le réel n'est cohérent qu'en apparence, il est fondamentalement irrationnel, comme nous le suggèrent la physique quantique, et la pure logique elle-même. Donc, la possibilité du déplacement dans le temps est en parfait accord avec la réalité.

L.M. Krauss, dans "The physics of Star Trek", émet un argument de bon sens: "Tant que ce n'est pas réfuté par le cadre scientifique, cela reste du domaine du possible". C'est ce que souligne aussi J. Gribbin dans "In search of the edge of time".

"Quel que soit le type de courbure d'espace-temps, les équations d'Einstein nous disent exactement quelle distribution de matière et d'énergie doit se manifester. La question est alors: un tel type de distribution de matière et d'énergie est-il possible?".

Enfin, admettons que la possibilité du voyage dans le temps constituerait une explication pratique aux disparitions mystérieuses qui se sont produites tout au long de l'histoire.

 

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