IV. Voyage dans le
temps
Voici une très
bonne compilation des arguments pour et contre copiée
du site suivant :
http://timeworld.ifrance.com/paradoxes.htm
Ce paragraphe
est une reprise intégrale du travail de ce site,
travail que je cite ici. Inutile de réinventer le fil
à couper le beurre … ou de refaire un travail très
bien fait.
1) Arguments contre
Recensons les arguments qui
rendent improbable ou impossible le voyage dans le temps
à volonté à n'importe quelle époque.
Nous avons vu que le temps donne
son sens à l'hypothèse du déplacement dans le temps,
mais que si le voyage est possible, il ôte son sens au
temps, ce qui a pour conséquence de rendre "insensé"
le déplacement dans le temps.
Pour Christian Grenier, "le
voyage temporel souffre de certaines contradictions avec
la logique la plus élémentaire, ce qui l'écarte du
domaine scientifique". (La S.-F., lectures
d'avenir?)
"Une barrière se dresse,
celle de la logique voulant qu'on ne puisse à la fois
être ici ou ailleurs", complète Van Herp.
La simple possibilité du voyage
est un paradoxe et modifie le cours des événements,
contrairement à ce que pense Watzlawick:
"Il revient en arrière de
quinze ans (ce qui lui prend, disons, quelques minutes),
arrête la machine et en sort, se remettant ainsi dans
le cours du temps... en un point où il a lui-même
quinze ans. S'il se contente de regarder alentour sans
susciter aucun effet - à savoir, sans s'insérer
d'aucune manière dans la causalité par une action ou
une communication - il ne se produira rien d'étrange.
Mais dès qu'il commencera à interagir, des conséquences
amusantes et déconcertantes s'ensuivront."
Justement, par sa simple présence, le voyageur du temps
interagit, comme aurait pu le découvrir Bradbury s'il
avait été jusqu'au bout de son raisonnement, ne voyant
pas qu'une apparition soudaine dans le monde est au
moins aussi perturbatrice que le fait d'écraser un
papillon.
Les paradoxes provoqués par un
acte volontaire ou involontaire du voyageur constituent
bien sûr un nouvel argument contre la possibilité du déplacement
dans le temps: paradoxes du matricide et de la
connaissance en sont les meilleurs exemples.
Les arguments les moins puissants
contre la possibilité de voyager dans le temps
consistent à dénigrer l'intérêt du déplacement dans
le temps parce que le court-circuit temporel, le déterminisme
absolu, la surimpression infinie ou la démultiplication
temporelle n'offrent pas de perspectives très réjouissantes
à l'individu qui veut explorer le passé ou le futur.
Les frères Igor et Grichka
Bogdanoff ont proposé un argument plus intéressant:
"Si le voyage vers le passé avait été inventé
quelque part dans le futur, nous aurions déjà sûrement
reçu la visite d'un homme de l'avenir". C'est un
argument qu'a avancé Hawking en disant que "La
meilleure preuve qu'un voyage dans le temps est
impossible est que nous n'avons pas été envahis de
hordes de touristes du futur", et que j'ai développé
indépendamment dans un article au milieu des années 80
et dans lequel je développe l'argument de la perte
d'identité du temps.
Hawking pense aussi que la nature
a horreur des machines à remonter le temps. C'est une
idée qu'il développe dans sa conjecture de
"protection chronologique" selon laquelle les
lois de la physique interdisent les machines à remonter
le temps: "chaque fois que quelqu'un essaye de
faire une machine à remonter le temps, et quel que soit
le dispositif utilisé à cet effet (un trou de ver, un
cylindre en rotation, une "corde cosmique", ou
quoi que ce soit d'autre), juste avant que le dispositif
ne devienne une machine temporelle, un faisceau de
fluctuations du vide le traverse et le détruit".
Hawking a démontré que des fluctuations de champs
quantiques deviendraient infinies au voisinage d'une
bouche de trou de ver - l'argument de la surimpression
temporelle infinie démontre la même chose par un
raisonnement de logique pure -, empêchant la formation
de Boucles du Genre Temps ou détruisant le voyageur qui
s'approcherait d'une Boucle du Genre Temps. Hawking dit
avec humour que son hypothèse "permet de garder le
monde sûr pour les historiens".
Les frères Bogdanoff avancent un
autre argument pour infirmer la possibilité du voyage:
"L'entropie (c'est-à-dire le désordre) d'un système
ne peut aller qu'en augmentant; autrement dit, ce que
nous nommons "écoulement du temps" n'est
qu'une fonction directe de l'entropie à laquelle tous
les systèmes (biologiques ou non) sont soumis. Comme il
est impossible de réduire l'entropie d'un système, il
serait également impossible d'inverser le temps et, a
fortiori, de voyager dans le passé", (Clefs pour
la science-fiction).
Revenons enfin à l'hypothèse de
la démultiplication temporelle pour constater qu'elle
nous révèle par l'absurde l'importance du principe d'économie
de la nature et la pertinence et l'actualité de la
remarque de Leibniz selon laquelle nous évoluons dans
"le meilleur des mondes possibles". Il semble
qu'un univers sans possibilité de se déplacer dans le
temps soit le meilleur des mondes possibles, car il présente
l'optimum d'existence.
2) Arguments pour
Recensons à présent les
arguments qui rendent probable ou même possible le
voyage dans le temps à volonté à n'importe quelle époque.
Contre l'argument de Van Herp, on
peut faire remarquer que la barrière de la logique
voulant qu'on ne puisse à la fois être ici ou
ailleurs, n'est en réalité qu'un axiome, sur quoi
"repose" la logique. Un axiome ne peut être démontré.
Il n'enfreint donc pas la logique. Et puis, Kurt Gödel,
avec son théorème d'incomplétude, n'a-t-il pas ouvert
la voie à une remise en question fondamentale de la
logique?
Contre l'argument de Hawking
mettant en avant les risques de fluctuations infinies de
champs quantiques lors de la création de la machine à
voyager dans le temps, Deutsch et Lockwood répondent
que les infinis, dont on sait qu'ils sont la hantise des
physiciens et des mathématiciens, révèlent simplement
une insuffisance de la théorie.
Deutsch et Lockwood infirment
aussi l'argument d'Hawking sur l'absence d'invasion de
hordes du futur car le trou de ver ne permettrait de
remonter dans le temps que jusqu'à l'époque de sa création
et pas au-delà.
Deutsch et Lockwood répondent
aussi qu'il existe peut-être actuellement des Boucles
du Genre Temps exploitées par une civilisation
extraterrestre, mais que celle-ci n'a pas forcément
envie de venir nous voir dans son passé. Et même
alors, ils n'aboutiraient que dans certaines copies de
notre passé. Et puis, le voyageur du temps n'est pas
obligé de crier sur tous les toits qu'il est un
voyageur du temps.
Pour Deutsch et Lockwood, "Si
la théorie des univers multiples est exacte, alors
toutes les objections habituelles au voyage temporel
sont fondées sur des modèles erronés de la réalité
physique. Quiconque rejette l'idée d'un voyage temporel
doit formuler un nouvel argument, scientifique ou
philosophique".
Hawking lui-même est revenu sur
ses premières déclarations et a récemment affirmé
dans la presse qu'il envisageait à présent la
possibilité de voyager dans le temps.
Contre l'argument "entropique"
des frères Bogdanoff, on objectera que rien n'interdit
une inversion locale de l'entropie, l'existence de la
plus infime particule en est un témoignage; or il
s'agit précisément, dans le cas du voyage, d'une
modification locale du temps, soit le temps propre du
voyageur.
L'affirmation d'Einstein:
"Nous, qui croyons en la physique, savons tous que
la distinction entre passé, présent et futur n'est
qu'une illusion, même si elle est tenace", vient
renforcer l'idée que le temps n'a pas l'identité que
nous lui accordons, et donne donc du poids à l'hypothèse
de la possibilité du déplacement dans le temps.
L'interprétation de Wheeler des
diagrammes de Feynman va dans le même sens. Rappelons
que cette interprétation consiste à voir le réel
comme une seule ligne d'univers extrêmement complexe déjà
réalisée, c'est-à-dire pour laquelle ne s'écoule pas
le temps. Le sentiment d'écoulement du temps serait une
illusion liée à notre perception du réel.
Nous pensons ici au dessinateur
Escher qui est parvenu à représenter des "figures
impossibles". C'est un peu ce qui se produit avec
les représentations mathématiques du réel et les récits
de voyage dans le temps.
Pour Rudy Rucker, les raisons d'écarter
le voyage dans le temps reposent sur un a priori: "Il
ne peut apparaître de contradictions dans le monde; le
voyage dans le temps et le voyage SL (supraluminique)
conduisent à des contradictions; donc il ne peut y
avoir de voyage dans le temps et de voyage
supraluminique dans notre monde".
Cet argument présente pour Rucker
trois points faibles.
1. Le monde lui-même est
paradoxal
2. Il pourrait exister une
"police du temps" qui empêcherait
l'utilisation de la machine pour créer un paradoxe.
3. Il existe la possibilité des
univers multiples, même si "... bien sûr,
strictement parlant, un voyage dans un monde parallèle
n'est pas du tout un voyage dans le temps".
"A un certain niveau, ces
paradoxes sont un peu plus que des divertissements
intellectuels".
Rucker ajoute que la relativité
affirme qu'il n'y a pas de temps ni d'espace absolu. Or
le voyage dans le temps exige un temps et un espace
absolus. Par conséquent, le voyage dans le temps semble
d'emblée interdit par la physique moderne. Mais outre
le fait qu'il existe des lois de transformation qui
permettent de passer d'un système de coordonnées, ou référentiel,
à un autre, la relativité autorise le voyage dans le
passé jusqu'à une certaine limite, et dans le futur de
façon illimitée, comme nous l'avons vu à la section
science. La relativité se contredirait-elle elle-même?
Pour Lewis, le voyage est
possible. Les paradoxes prouvent seulement que le monde
où le voyage serait possible serait de manière
fondamentale plus étrange que celui que nous croyons être
le nôtre. Il est le plus ardent défenseur d'un auteur
comme Heinlein dont il trouve le récit "Vous les
zombies" auto-consistant.
Ce qui pose problème dans le
voyage dans le temps, ce sont les paradoxes qu'il génère.
Un raisonnement par l'absurde consiste à dire: le réel
ne peut s'accommoder des paradoxes; or le réel existe;
donc les paradoxes n'existent pas et le voyage dans le
temps non plus. Mais le réel n'est cohérent qu'en
apparence, il est fondamentalement irrationnel, comme
nous le suggèrent la physique quantique, et la pure
logique elle-même. Donc, la possibilité du déplacement
dans le temps est en parfait accord avec la réalité.
L.M. Krauss, dans "The
physics of Star Trek", émet un argument de bon
sens: "Tant que ce n'est pas réfuté par le cadre
scientifique, cela reste du domaine du possible".
C'est ce que souligne aussi J. Gribbin dans "In
search of the edge of time".
"Quel que soit le type de
courbure d'espace-temps, les équations d'Einstein nous
disent exactement quelle distribution de matière et d'énergie
doit se manifester. La question est alors: un tel type
de distribution de matière et d'énergie est-il
possible?".
Enfin,
admettons que la possibilité du voyage dans le temps
constituerait une explication pratique aux disparitions
mystérieuses qui se sont produites tout au long de
l'histoire.